
La transformation numérique a révolutionné le secteur de la santé de manière spectaculaire. Depuis la crise sanitaire de 2020, 81% des soignants utilisent au moins un outil digital dans leur pratique, marquant une augmentation significative par rapport aux 78% d’avant crise. Cette évolution technologique ne concerne pas uniquement les professionnels de santé : elle redéfinit fondamentalement le rôle du patient moderne. Le patient 3.0 n’est plus un simple bénéficiaire passif de soins médicaux, mais devient un véritable acteur de sa santé grâce aux outils numériques innovants. Cette transformation s’appuie sur une multitude de solutions technologiques allant des applications mobiles aux objets connectés, en passant par l’intelligence artificielle et les plateformes de télémédecine. Comment ces technologies permettent-elles aux patients de prendre le contrôle de leur parcours de soins ?
Applications mobiles de santé : MyFitnessPal, doctolib et téléconsultation intégrée
Les applications mobiles de santé représentent l’une des innovations les plus accessibles et les plus démocratisées du secteur médical numérique. En 2022, le nombre total de téléchargements d’applications de santé a atteint 3,7 milliards, soit une augmentation de 25% par rapport à l’année précédente. Cette croissance exponentielle témoigne de l’adoption massive de ces outils par les patients cherchant à optimiser leur suivi médical et leur bien-être général.
Plateformes de prise de rendez-vous médicaux doctolib et maiia
Les plateformes de prise de rendez-vous en ligne comme Doctolib et Maiia ont transformé l’accès aux soins en simplifiant considérablement les démarches administratives. Ces solutions permettent aux patients de rechercher des professionnels de santé par spécialité, géolocalisation et disponibilité, tout en offrant la possibilité de consulter les avis d’autres patients. L’intégration de fonctionnalités avancées comme la téléconsultation directement dans ces plateformes crée un écosystème complet de soins numériques. Les patients peuvent désormais gérer l’intégralité de leur parcours médical depuis une interface unique, réduisant les délais d’attente et optimisant l’organisation des consultations.
Applications de suivi nutritionnel MyFitnessPal et yazio
Le domaine de la nutrition personnalisée connaît une révolution grâce à des applications comme MyFitnessPal et Yazio. Ces outils permettent un suivi détaillé de l’alimentation en scannant les codes-barres des produits alimentaires pour obtenir des informations nutritionnelles précises. L’analyse des macronutriments, le comptage des calories et le suivi de l’activité physique offrent aux utilisateurs une vision globale de leur équilibre énergétique. Ces données nutritionnelles peuvent être partagées avec les professionnels de santé pour un accompagnement personnalisé, particulièrement utile dans le cadre de pathologies comme le diabète ou l’obésité.
Solutions de téléconsultation qare et livi pour l’accès aux soins
Les plateformes de téléconsultation comme Qare et Livi ont connu un essor remarquable, avec une progression de 20,6% de leur utilisation depuis la crise sanitaire. Ces solutions répondent particulièrement aux besoins des patients vivant dans les déserts médicaux ou ayant des difficultés de mobilité. La qualité des consultations à distance s
e rapproche désormais de celle des consultations en présentiel pour de nombreux motifs simples (renouvellement d’ordonnance, suivi de maladies chroniques stabilisées, petits maux du quotidien). Pour le patient 3.0, ces services représentent un levier concret pour réduire les délais d’accès à un médecin, éviter des passages inutiles aux urgences et organiser son suivi de façon plus fluide. En quelques clics, vous pouvez choisir votre créneau, téléverser vos documents (compte-rendus, résultats d’examens) et recevoir ensuite l’ordonnance directement sur votre espace sécurisé. Ces plateformes de téléconsultation s’intègrent de plus en plus avec le Dossier Médical Partagé et les pharmacies, ce qui renforce la continuité des soins et limite les pertes d’information.
Intégration des wearables apple health et google fit dans le parcours patient
Les applications agrégatrices comme Apple Health et Google Fit jouent un rôle central dans l’écosystème du patient 3.0. Elles collectent automatiquement les données issues de multiples appareils (montres connectées, bracelets d’activité, balances, applications de sommeil) et les organisent dans un tableau de bord unique. Au lieu de jongler entre plusieurs interfaces, vous disposez ainsi d’une vue globale et chronologique de vos données de santé : nombre de pas, fréquence cardiaque, minutes d’activité, poids, sommeil, etc.
Cette centralisation facilite le dialogue avec les professionnels de santé. Lors d’une consultation, vous pouvez montrer l’évolution de votre activité physique sur plusieurs mois ou les variations de votre fréquence cardiaque au repos, ce qui enrichit l’examen clinique. Certaines applications de santé connectées proposent déjà la synchronisation directe avec Apple Health ou Google Fit pour alimenter des programmes de prévention personnalisés (perte de poids, rééducation cardiaque, prise en charge du diabète). À terme, ces données agrégées pourraient s’intégrer davantage au dossier médical officiel, à condition de respecter des normes strictes de sécurité et d’interopérabilité.
Pour le patient, l’enjeu est de garder le contrôle sur ces flux de données. Vous choisissez quelles applications ont accès à vos informations et pour quels usages. Comme un chef d’orchestre, vous décidez quels « instruments » (objets connectés, applications, plateformes) contribuent à votre partition de santé. Cette capacité à configurer et à relier les outils entre eux est l’une des compétences clés du patient 3.0.
Géolocalisation des professionnels de santé via pages jaunes santé
La recherche d’un professionnel de santé adapté à ses besoins n’est plus laissée au hasard. Des services comme Pages Jaunes Santé permettent de géolocaliser rapidement médecins généralistes, spécialistes, kinésithérapeutes, infirmiers ou orthophonistes à proximité. Vous pouvez filtrer par spécialité, par langue parlée, par accessibilité PMR ou encore par conventionnement, ce qui facilite des choix éclairés. Cette fonction de géolocalisation des soignants est particulièrement précieuse dans les zones sous-dotées ou lorsque l’on emménage dans une nouvelle région.
En croisant ces informations avec celles de plateformes comme Doctolib ou Maiia, le patient 3.0 peut optimiser encore davantage son parcours : repérer les professionnels à proximité, vérifier leurs disponibilités en ligne, lire les avis, puis réserver une consultation en quelques minutes. À la manière des applications de navigation qui choisissent l’itinéraire le plus fluide, ces outils numériques aident à tracer un parcours de soins plus direct, avec moins de « bouchons » et de détours. Ils contribuent aussi à une meilleure répartition de la demande en orientant les patients vers des praticiens moins connus mais disponibles, ce qui soulage les cabinets saturés.
Objets connectés de santé : monitoring physiologique et données biométriques
Au-delà des applications mobiles, les objets connectés de santé représentent une nouvelle étape du patient 3.0 : celle du monitoring physiologique continu. Montres, tensiomètres, glucomètres ou balances intelligentes collectent en temps réel des données biométriques qui, autrefois, n’étaient mesurées que ponctuellement en cabinet. Cette surveillance au long cours permet de mieux comprendre l’évolution d’une pathologie, de repérer des signaux faibles et d’adapter les traitements plus finement.
Pour le patient, ces dispositifs transforment le quotidien en laboratoire de santé discret. Chaque pas, chaque nuit de sommeil, chaque mesure de tension vient alimenter un « film » continu de son état physiologique. Utilisées intelligemment, ces données donnent au patient 3.0 un pouvoir inédit : discuter avec son médecin sur la base de faits objectivés plutôt que de souvenirs approximatifs. Encore faut-il choisir les bons outils et savoir interpréter les résultats sans anxiété inutile.
Montres connectées apple watch series et détection d’arythmies cardiaques
Les Apple Watch Series et d’autres montres connectées de dernière génération ont franchi un cap en santé numérique. Au-delà du simple comptage de pas, elles mesurent la fréquence cardiaque en continu, détectent les variations anormales et peuvent alerter en cas de suspicion de fibrillation auriculaire (FA), une arythmie cardiaque fréquente et parfois silencieuse. Dans plusieurs études, ces dispositifs ont montré leur capacité à identifier des anomalies cardiaques précoces qui auraient autrement pu passer inaperçues.
Concrètement, la montre analyse la régularité des battements cardiaques et, en cas d’irrégularité persistante, suggère de réaliser un électrocardiogramme simplifié (ECG) directement au poignet. Le tracé peut ensuite être exporté et partagé avec un cardiologue pour interprétation. Pour un patient à risque cardiovasculaire, c’est un peu comme avoir un mini-centre de surveillance en permanence sur soi. Cela ne remplace pas un ECG médical complet, mais cela fournit des indices précieux entre deux consultations.
Cette détection précoce pose toutefois une question : comment éviter le sur-dépistage et l’anxiété ? Le patient 3.0 doit apprendre, avec son médecin, à distinguer les alertes réellement préoccupantes des faux positifs. Une bonne pratique consiste à définir en amont avec le professionnel les seuils d’alerte, la conduite à tenir et la fréquence de consultation des rapports générés par la montre connectée.
Tensiomètres connectés omron HeartGuide pour l’hypertension artérielle
L’hypertension artérielle est l’une des pathologies les plus répandues et les plus silencieuses. Les tensiomètres connectés comme Omron HeartGuide permettent de mesurer sa tension à domicile de façon fiable et régulière, puis de transmettre automatiquement les résultats à une application. Le patient 3.0 ne se contente plus d’une mesure occasionnelle en cabinet ; il suit l’évolution de sa pression artérielle sur plusieurs semaines, dans des conditions de vie réelle.
Ces courbes de tension, beaucoup plus riches qu’une valeur isolée, aident le médecin à ajuster le traitement (posologie, nombre de prises quotidiennes, association de médicaments). Elles permettent aussi de mieux évaluer l’impact de changements de mode de vie : réduction du sel, reprise d’activité physique, gestion du stress. Comme un journal de bord, l’historique de mesures montre concrètement au patient les bénéfices de ses efforts, ce qui renforce sa motivation et son implication.
Pour exploiter tout le potentiel de ces tensiomètres connectés, il est crucial de respecter un protocole de mesure (position assise, au repos, à heures fixes) et de ne pas s’alarmer à la moindre valeur isolée un peu élevée. Le patient 3.0 gagne à être formé aux bonnes pratiques d’auto-mesure tensionnelle et à partager régulièrement ses données avec son médecin plutôt que de les interpréter seul.
Glucomètres intelligents FreeStyle libre et surveillance glycémique continue
Pour les personnes vivant avec un diabète, les systèmes de mesure en continu comme FreeStyle Libre ont profondément changé le quotidien. Fini (ou presque) les piqûres répétées au bout du doigt : un capteur discret positionné sur le bras mesure en continu le glucose interstitiel et permet une surveillance glycémique quasi en temps réel. Le patient peut consulter son taux de sucre à tout moment sur son smartphone, visualiser les tendances et recevoir des alertes en cas d’hypo ou d’hyperglycémie.
Cette vision dynamique de la glycémie aide à comprendre l’impact des repas, de l’activité physique ou du stress, bien mieux qu’une simple glycémie ponctuelle. Les données collectées sur plusieurs semaines peuvent être partagées avec le diabétologue, qui dispose alors d’un « film » très précis du contrôle glycémique. Cela facilite les ajustements d’insuline ou de traitement oral et améliore la prévention des complications à long terme.
Le revers de la médaille ? La surcharge d’informations peut être source de fatigue ou de culpabilité lorsque les courbes s’écartent de la cible. Le patient 3.0 doit apprendre à utiliser ces glucomètres intelligents comme un outil de pilotage, pas comme un juge permanent. Un accompagnement éducatif (éducation thérapeutique du patient, ateliers, ressources en ligne) est indispensable pour tirer parti de ces technologies sans dégrader la qualité de vie.
Balances impédancemètriques withings body+ et analyse de composition corporelle
Les balances impédancemétriques comme la Withings Body+ vont bien au-delà de la simple mesure du poids. Grâce à une légère impulsion électrique indolore, elles estiment la composition corporelle : masse grasse, masse musculaire, masse osseuse, eau corporelle. Reliées à une application, elles permettent un suivi longitudinal de la composition corporelle, ce qui est bien plus pertinent qu’un chiffre isolé sur la balance.
Pour une personne en surpoids qui commence une activité physique, voir sa masse musculaire augmenter pendant que sa masse grasse diminue, même si le poids varie peu, est extrêmement motivant. Pour un patient atteint d’insuffisance cardiaque, le suivi du poids et de l’eau corporelle permet de repérer rapidement une rétention hydrique anormale et de consulter avant la décompensation. Ces données constituent donc un véritable outil de prévention.
Comme pour les autres objets connectés, la clé réside dans l’interprétation. Les estimations de composition corporelle restent approximatives et peuvent varier selon l’hydratation, le moment de la journée ou la position des pieds sur la balance. Le patient 3.0 apprend à regarder surtout les tendances sur plusieurs semaines plutôt que les variations quotidiennes. En partageant ces courbes avec un diététicien, un médecin du sport ou un cardiologue, il enrichit la compréhension de son état de santé et renforce sa capacité à agir.
Dossier médical personnel numérique : mon espace santé et interopérabilité
Si les applications et objets connectés produisent de plus en plus de données, encore faut-il qu’elles soient correctement organisées et accessibles aux professionnels de santé. C’est tout l’objectif de Mon Espace Santé, la plateforme nationale déployée en France pour centraliser les informations médicales de chaque citoyen. Résultats d’analyses, comptes rendus d’hospitalisation, ordonnances, comptes rendus de radiologie ou de biologie : l’essentiel du dossier médical est appelé à converger vers cet espace sécurisé.
Pour le patient 3.0, Mon Espace Santé est le socle sur lequel viennent se greffer les autres outils numériques. Vous pouvez y consulter l’historique de vos soins, vérifier vos vaccinations, télécharger vos comptes rendus et décider quels professionnels ont accès à quelles informations. Cette maîtrise des droits d’accès est au cœur de la philosophie du patient acteur : vous restez propriétaire de vos données et vous choisissez avec qui les partager.
L’un des grands défis reste l’interopérabilité entre Mon Espace Santé, les logiciels métiers des soignants et les solutions d’e-santé privées (applications, plateformes de télémédecine, objets connectés). Aujourd’hui encore, beaucoup de systèmes ne « se parlent » pas bien, obligeant les professionnels à ressaisir des informations ou à jongler entre plusieurs interfaces. Les efforts en cours visent à définir des standards techniques et sémantiques communs pour que, demain, une mesure de tension réalisée chez vous puisse s’intégrer automatiquement dans votre dossier, de façon sécurisée et compréhensible par les logiciels médicaux.
Pour exploiter pleinement Mon Espace Santé, le patient 3.0 peut adopter quelques bonnes pratiques : activer son compte, vérifier régulièrement les documents déposés, classer ses fichiers importants, ajouter ses antécédents et allergies, et informer ses soignants de l’existence de cet espace lors des consultations. Comme un coffre-fort numérique intelligent, il devient alors le point d’ancrage de votre parcours de soins digitalisé, au service de la coordination entre ville et hôpital.
Intelligence artificielle diagnostique : ada health et symptom checkers validés
Les outils d’intelligence artificielle appliqués au diagnostic, que l’on appelle souvent symptom checkers, constituent une autre facette du patient 3.0. Des applications comme Ada Health proposent au patient de décrire ses symptômes via une interface conversationnelle, puis d’obtenir des hypothèses de diagnostic et des recommandations d’orientation (consultation en urgence, téléconsultation, médecin généraliste, auto-surveillance). L’objectif n’est pas de remplacer le médecin, mais de structurer le raisonnement du patient et de l’aider à décider quoi faire et quand.
Ces outils s’appuient sur de vastes bases de connaissances médicales et sur des algorithmes de machine learning qui comparent les symptômes décrits à des millions de cas similaires. Pour le patient, c’est un peu comme disposer d’un « brouillon de diagnostic » avant la consultation, qui l’aide à mieux formuler ses plaintes et à noter les éléments importants à signaler au médecin. Comme toujours avec l’IA en santé, la prudence s’impose : ces applications doivent être utilisées comme un outil de triage, pas comme une source de certitudes.
Algorithmes de triage médical isabel healthcare et diagnostic différentiel
Parmi les solutions destinées initialement aux professionnels de santé mais de plus en plus connues du grand public, Isabel Healthcare propose un moteur de diagnostic différentiel basé sur l’IA. En saisissant les symptômes, les antécédents, l’âge et le contexte, l’algorithme génère une liste de diagnostics possibles classés par probabilité. Ce type d’outil aide les médecins à ne pas écarter trop vite des pathologies rares, mais il peut aussi être utilisé par des patients avertis pour préparer une consultation complexe.
Pour le patient 3.0, l’intérêt n’est pas de se transformer en médecin, mais de comprendre que plusieurs diagnostics sont souvent possibles pour un même tableau clinique. Cela favorise un dialogue plus riche avec le praticien : « J’ai lu qu’il pouvait aussi s’agir de telle ou telle pathologie, qu’en pensez-vous ? ». En posant ce type de question, vous n’imposez pas un diagnostic, vous invitez au débat et à la pédagogie. L’algorithme agit alors comme un stimulateur de réflexion plutôt que comme un « oracle ».
Néanmoins, l’usage de ces outils comporte un risque de sur-information et de cyberchondrie (anxiété liée aux recherches médicales en ligne). Pour éviter de tomber dans ce piège, il est utile de se fixer des limites : utiliser l’algorithme pour se préparer avant une consultation, puis s’engager à ne plus multiplier les recherches contradictoires après avoir obtenu l’avis médical. Là encore, l’IA est un puissant levier au service du patient 3.0, à condition d’être cadrée et contextualisée.
Chatbots conversationnels babylon health pour l’aide à la décision clinique
Les chatbots médicaux comme Babylon Health incarnent une autre forme d’IA au service du patient. Via une conversation en langage naturel, ces assistants virtuels posent des questions, analysent vos réponses et vous proposent une première orientation : auto-surveillance, prise de rendez-vous, appel aux urgences. Certains intègrent même des fonctionnalités de suivi, en rappelant des traitements ou en vérifiant l’évolution des symptômes au fil des jours.
Pour le patient 3.0, ces chatbots jouent un rôle de coach santé disponible 24/7. Ils sont particulièrement utiles lorsque l’on hésite à consulter : « Dois-je m’inquiéter de cette douleur ? Est-ce urgent ou puis-je attendre mon médecin traitant ? ». Bien utilisés, ils permettent de désengorger les lignes téléphoniques et de rassurer sans dramatiser. Ils peuvent aussi aider à mieux préparer la consultation en listant les questions à poser ou les éléments à apporter.
La limite principale de ces assistants virtuels réside dans leur compréhension parfois imparfaite des nuances, du contexte social ou psychologique, et dans le risque de biais algorithmiques. Le patient 3.0 doit garder en tête que ces outils constituent un premier niveau d’orientation et non un avis médical définitif. En cas de doute, la règle reste simple : privilégier toujours le contact humain avec un professionnel de santé.
Reconnaissance d’images dermatologiques SkinVision et détection précoce
En dermatologie, des applications comme SkinVision exploitent la reconnaissance d’images pour analyser des lésions cutanées (grains de beauté, taches, nodules) à partir de simples photos prises avec un smartphone. L’algorithme évalue certains critères visuels (forme, bord, couleur, symétrie) et estime un niveau de risque, invitant éventuellement à consulter rapidement un dermatologue. Pour le patient 3.0, c’est une façon de surveiller sa peau entre deux consultations et de ne pas laisser traîner une lésion suspecte.
Cette approche est particulièrement intéressante dans un contexte où les délais pour obtenir un rendez-vous en dermatologie peuvent être longs. En repérant plus tôt les lésions à risque, on augmente les chances de diagnostiquer un cancer cutané à un stade précoce. Cependant, ces outils ne sont pas infaillibles et peuvent sous-estimer ou surestimer certains risques. Les développeurs travaillent avec des équipes médicales pour valider les performances des algorithmes, mais l’avis d’un dermatologue reste indispensable en cas de doute.
Une bonne façon d’utiliser ces applications est de les considérer comme un système d’alerte personnelle. Elles vous aident à décider s’il est pertinent de demander un rendez-vous plus tôt que prévu ou de montrer telle ou telle lésion lors d’une consultation déjà programmée. Là encore, le patient 3.0 s’en sert pour mieux dialoguer avec son soignant, pas pour s’autodiagnostiquer de manière définitive.
Analyse prédictive des risques cardiovasculaires via algorithmes machine learning
Au-delà du diagnostic immédiat, l’IA permet aussi de prédire des risques futurs, notamment en cardiologie. Des algorithmes de machine learning analysent des données multiples (âge, tension artérielle, cholestérol, tabagisme, IMC, antécédents familiaux, données issues de wearables) pour estimer le risque cardiovasculaire à 5 ou 10 ans. Cette approche dépasse les scores de risque classiques en intégrant un volume de données bien plus important et en détectant des combinaisons subtiles de facteurs.
Pour le patient 3.0, ces outils prédictifs peuvent être comparés à un « radar météo » de sa santé cardiovasculaire. Ils ne disent pas précisément ce qui va se passer, mais indiquent s’il existe une probabilité accrue d’« orage » (infarctus, AVC) et dans quel délai. Cette information est précieuse pour prioriser les actions de prévention : perte de poids, arrêt du tabac, traitement antihypertenseur ou hypolipémiant. En visualisant l’impact d’un changement de comportement sur son score de risque, le patient mesure concrètement le bénéfice potentiel de ses efforts.
Là encore, ces estimations doivent être interprétées avec un professionnel, qui tiendra compte d’éléments que l’algorithme ne voit pas forcément (contexte familial, niveau de stress, comorbidités). Utilisée à bon escient, l’analyse prédictive devient un levier de médecine préventive personnalisée, au cœur de la philosophie du patient 3.0.
Communautés de patients numériques : PatientsLikeMe et support pair-à-pair
Au-delà des technologies, la transformation numérique en santé a fait émerger une ressource tout aussi puissante : les communautés de patients en ligne. Des plateformes comme PatientsLikeMe, Carenity ou des groupes dédiés sur les réseaux sociaux permettent à des personnes vivant avec la même maladie de partager leurs expériences, leurs astuces et leurs questionnements. Pour le patient 3.0, ces espaces constituent un soutien précieux, complémentaire au suivi médical.
Sur PatientsLikeMe, par exemple, les utilisateurs renseignent leurs symptômes, leurs traitements, leurs effets secondaires et leurs scores de qualité de vie. Ces données anonymisées sont agrégées pour produire des statistiques visibles par tous : pour tel traitement, quels sont les bénéfices perçus ? quels effets indésirables sont les plus fréquents ? Cette intelligence collective offre un regard « du terrain » qui complète les essais cliniques traditionnels. Pour un patient en hésitation devant un nouveau traitement, lire des témoignages de pairs peut aider à poser les bonnes questions à son médecin.
Ces communautés jouent aussi un rôle clé dans la lutte contre l’isolement, notamment pour les maladies rares ou chroniques. Savoir que d’autres vivent les mêmes symptômes, les mêmes peurs, les mêmes contraintes quotidiennes a un impact psychologique considérable. Comme dans un groupe de parole virtuel, on y trouve de l’empathie, du réconfort, mais aussi une multitude de conseils pratiques pour mieux vivre avec sa pathologie.
Il convient néanmoins de rester vigilant : tous les conseils échangés ne sont pas validés scientifiquement, et certaines informations peuvent être inexactes ou inadaptées à votre cas. Le patient 3.0 apprend à croiser les sources, à vérifier avec son équipe soignante les changements importants (arrêt ou ajout de traitement, modifications majeures de régime) et à distinguer les témoignages individuels des recommandations médicales. Utilisées avec discernement, les communautés numériques deviennent alors un formidable levier d’empowerment et de soutien pair-à-pair.
Enjeux de cybersécurité et protection des données de santé RGPD
Derrière cette profusion d’outils numériques, une question cruciale se pose : comment protéger des données de santé aussi sensibles ? Le Règlement Général sur la Protection des Données (RGPD) impose en Europe un cadre strict pour la collecte, le traitement et le stockage de ces informations. Les données de santé sont considérées comme des données particulièrement sensibles, ce qui implique des exigences renforcées pour les éditeurs d’applications, les fabricants d’objets connectés et les plateformes de télémédecine.
Pour le patient 3.0, la cybersécurité n’est plus un sujet réservé aux informaticiens. Avant de confier vos données à un service, il est utile de vérifier où sont hébergées les informations (idéalement sur des serveurs certifiés HDS en France ou en Europe), quelles sont les politiques de confidentialité, et si vous pouvez facilement récupérer ou supprimer vos données. L’usage de mots de passe forts, de l’authentification à deux facteurs et la mise à jour régulière des applications sont des gestes de hygiène numérique aussi essentiels que se laver les mains en milieu de soins.
Le RGPD vous donne plusieurs droits : droit d’accès à vos données, droit de rectification, droit à l’effacement (« droit à l’oubli »), droit à la portabilité. Le patient 3.0 peut et doit exercer ces droits pour garder la main sur sa vie numérique. Par exemple, si vous changez de plateforme de suivi, vous pouvez demander l’export de vos données pour les importer ailleurs, plutôt que de repartir de zéro. Cette portabilité favorise une concurrence saine entre services et vous évite d’être captif d’un écosystème.
Les risques de cyberattaques sur les hôpitaux et les données de santé rappelent toutefois que le risque zéro n’existe pas. C’est pourquoi la sécurité doit être pensée dès la conception des outils (approche « privacy by design ») et que les professionnels de santé, tout comme les patients, doivent être formés aux bons réflexes. Le patient 3.0 ne se contente pas de signer des consentements : il lit, questionne, choisit et, si besoin, renonce à certains services jugés trop intrusifs. En faisant de la protection des données de santé un critère de choix aussi important que l’ergonomie ou le prix, il envoie un signal fort aux acteurs du marché : l’innovation en e-santé ne sera vraiment acceptable que si elle respecte pleinement la vie privée et les droits fondamentaux des citoyens.